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Une vie de 36 ans en images ! 31/07/2015

Une vie de 36 ans en images !

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BON WEEK-END A TOUTES ET A TOUS ! PROFITONS DU BEAU TEMPS SUR LA FRANCE POUR UN BON BAIN DE SOLEIL ! 08/04/2017

Tags : 1953 - Harold LLOYD

1953 / Diverses photos sur le tournage du film "River of no return". / Rarement une ballade aura si parfaitement illustré l’étoffe du film dont elle agrémente la vision. Il y a peu d’action dans ce western nonchalant, et encore moins sous la forme de fusillades. Un puma, un duo de prospecteurs se dresseront sur le parcours du trio, puis enfin les Indiens, juste avant le face à face final à Council City, lui-même tronqué : une empoignade de plus, un coup de feu hors champs et ce sera terminé. C’est à peu près tout. Le reste du temps, comme pour "The Big Sky" de HAWKS, comme pour "Wagon Master" de FORD ou pour le trop méconnu "Across the wide Missouri" de WELLMAN, le récit se perdra en méandres et digressions dédramatisées, contemplatives et sensuelles, faisant avec un même bonheur un sort aux corps qui se livrent dans l’effort et aux âmes que la rivière, éternelle source purificatrice du western ("Bend of the river", "The naked spur"), se chargera de laver de leurs préjugés. Le dialogue lui-même se pare parfois d’une poésie solaire des plus inattendues dans le genre : - I had to get money to get out. When I met Harry he wanted the same thing. Then he won the claim. It was our big chance ; a chance for both of us to get away. - Where ? - Out of the lives we were both living. Some place where people live like human beings. - That’s in Heaven... - We weren’t thinking of going quite that far with it. Au terme de cet itinéraire, épuisant mais rédempteur, Matt et Kay auront appris à se défaire de cette défiance d’autrui qui les coupe du monde, et à se défaire de cette pudeur qui les empêche de s’avouer leur amour mutuel. La merveilleuse alchimie du couple MITCHUM - MONROE est pour beaucoup dans le ton heureux et serein de ce beau récit d’apprentissage ; la quiétude, la force tranquille et naturelle émanant du grand Bob, ici dans un emploi sur mesure, offrant un contrepoint parfait à la fragilité refoulée de Marilyn. Il est de notoriété publique que l’actrice s’entendit très mal avec son réalisateur, PREMINGER allant jusqu’à déclarer que "diriger Marilyn, c’est comme diriger Lassie ; il faut faire quatorze prises pour obtenir l’aboiement adéquat" ! Mais les exemples d’antipathie entre le réalisateur viennois (qui sera néanmoins beaucoup plus patient avec une autre comédienne en proie au doute, Kim NOVAK, sur le tournage de son admirable film sur la dépendance aux narcotiques, "The man with the golden arm") sont légions, et dans son autobiographie, il s’en prendra surtout à la répétitrice de Marilyn sur le tournage, l’Allemande Natasha LYTESS, coupable selon lui, non seulement de gâcher le naturel ébouriffant de la comédienne mais aussi de réussir à déstabiliser le très jeune et pourtant déjà très professionnel Tommy RETTIG ("Les 5000 doigts du Dr.T"). Et PREMINGER de saluer l’initiative de Robert MITCHUM, sachant ramener sa partenaire à plus de simplicité à grand recours d’encouragements et au besoin... de puissantes bourrades sur le dos ! Quoi qu’il en soit, il est permis de penser que la comédienne n’a jamais été ni meilleure ni plus désirable que dans ce western. Offerte sans fard à l’objectif caressant de Joseph LaSHELLE, elle s’y révèle pour la première fois – et peut-être la dernière - femme sous toutes ses facettes : tantôt femme enfant aveuglée par un premier amour factice ; tantôt piquante et séductrice ; tantôt maternelle face au petit Mark, le ravissant d’une merveilleuse complainte en plein air et rajustant sa tenue vestimentaire devant ses yeux, sans aucune fausse pudeur ; tantôt amante, découvrant ses sentiments au cours d’une scène de massage entrée dans toutes les mémoires cinéphiles, mais qui aurait été tournée par Jean NEGULESCO, après une preview publique assez désastreuse ; loin, très loin, de l’image de fausse ingénue désarmante et charnelle dans laquelle elle resta trop souvent enfermée. C’est peu dire que chacune des chansons qu’elle interprète, tour à tour songeuse ("One silver dollar"), provocante ("I’m gonna file my claim"), épanouie ("Down in the meadow", donc) ou douloureusement nostalgique (la reprise finale de "River of no return") est comme un petit moment de paradis cinégénique. Western de la plénitude, il est évident que "Rivière sans retour" doit aussi beaucoup au style de caméra de son réalisateur, qui abordait le format du Cinémascope pour la première fois de sa carrière. Immédiatement conquis (hormis "The man with the golden arm" et "Anatomy of a murder" toutes les réussites ultérieures du cinéaste s’exprimeront à travers ce format ou celui, cousin, du SuperPanavision 70) PREMINGER l’utilise comme un écrin pour valoriser, dans de très amples et très lents mouvements d’appareils, la majesté irréelle de cette nature sauvage des Rocheuses, œuvrant avant tout sur la profondeur de champs pour donner un relief saisissant à ces gorges creusées par le torrent tumultueux ou pour conférer des dimensions sans fins à une vallée encaissée entre deux massifs montagneux. Filmant comme il respire, il sait aussi traduire l’effervescence de cette nouvelle "Sodome et Gommorrhe" (dixit le fidèle acteur fordien Arthur SHIELDS dans son éternel emploi de prédicateur) que représente le camp de prospecteurs, découvert jusque dans les moindres strates offertes par l’accumulation géométrique des toiles de tentes dans le cadre, toutes grouillantes de vie, au rythme d’un travelling latéral effréné entrepris de droite à gauche après une courte hésitation et la retenue d’un cheval qui se cabre, surpris par la peur ; du grand art. Après ce western de commande, PREMINGER vendra sa villa hollywoodienne pour racheter ses dernières années de contrat Fox à ZANUCK, et s’exilera à New York, berceau de ses premiers succès américains dans le théâtre. Il livrera alors une série de chefs-d’œuvre amorcée dès le film suivant, "Carmen Jones". Mais il ne reviendra malheureusement plus jamais au western. C’est fort dommage, car ne seraient-ce les inévitables transparences dues au sujet qui viennent parfois entacher la saisissante beauté de cet exaltant et très moral récit d’aventures, "River of no return" aurait sa place parmi les plus beaux fleurons du genre. Il s’en faut d’un rien. 07/04/2017

1953 / Diverses photos sur le tournage du film "River of no return". / Rarement une ballade aura si parfaitement illustré l’étoffe du film dont elle agrémente la vision. Il y a peu d’action dans ce western nonchalant, et encore moins sous la forme de fusillades. Un puma, un duo de prospecteurs se dresseront sur le parcours du trio, puis enfin les Indiens, juste avant le face à face final à Council City, lui-même tronqué : une empoignade de plus, un coup de feu hors champs et ce sera terminé. C’est à peu près tout. Le reste du temps, comme pour "The Big Sky" de HAWKS, comme pour "Wagon Master" de FORD ou pour le trop méconnu "Across the wide Missouri" de WELLMAN, le récit se perdra en méandres et digressions dédramatisées, contemplatives et sensuelles, faisant avec un même bonheur un sort aux corps qui se livrent dans l’effort et aux âmes que la rivière, éternelle source purificatrice du western ("Bend of the river", "The naked spur"), se chargera de laver de leurs préjugés. Le dialogue lui-même se pare parfois d’une poésie solaire des plus inattendues dans le genre : - I had to get money to get out. When I met Harry he wanted the same thing. Then he won the claim. It was our big chance ; a chance for both of us to get away. - Where ? - Out of the lives we were both living. Some place where people live like human beings. - That’s in Heaven... - We weren’t thinking of going quite that far with it.  Au terme de cet itinéraire, épuisant mais rédempteur, Matt et Kay auront appris à se défaire de cette défiance d’autrui qui les coupe du monde, et à se défaire de cette pudeur qui les empêche de s’avouer leur amour mutuel.  La merveilleuse alchimie du couple MITCHUM - MONROE est pour beaucoup dans le ton heureux et serein de ce beau récit d’apprentissage ; la quiétude, la force tranquille et naturelle émanant du grand Bob, ici dans un emploi sur mesure, offrant un contrepoint parfait à la fragilité refoulée de Marilyn. Il est de notoriété publique que l’actrice s’entendit très mal avec son réalisateur, PREMINGER allant jusqu’à déclarer que "diriger Marilyn, c’est comme diriger Lassie ; il faut faire quatorze prises pour obtenir l’aboiement adéquat" ! Mais les exemples d’antipathie entre le réalisateur viennois (qui sera néanmoins beaucoup plus patient avec une autre comédienne en proie au doute, Kim NOVAK, sur le tournage de son admirable film sur la dépendance aux narcotiques, "The man with the golden arm") sont légions, et dans son autobiographie, il s’en prendra surtout à la répétitrice de Marilyn sur le tournage, l’Allemande Natasha LYTESS, coupable selon lui, non seulement de gâcher le naturel ébouriffant de la comédienne mais aussi de réussir à déstabiliser le très jeune et pourtant déjà très professionnel Tommy RETTIG ("Les 5000 doigts du Dr.T"). Et PREMINGER de saluer l’initiative de Robert MITCHUM, sachant ramener sa partenaire à plus de simplicité à grand recours d’encouragements et au besoin... de puissantes bourrades sur le dos !  Quoi qu’il en soit, il est permis de penser que la comédienne n’a jamais été ni meilleure ni plus désirable que dans ce western. Offerte sans fard à l’objectif caressant de Joseph LaSHELLE, elle s’y révèle pour la première fois – et peut-être la dernière - femme sous toutes ses facettes : tantôt femme enfant aveuglée par un premier amour factice ; tantôt piquante et séductrice ; tantôt maternelle face au petit Mark, le ravissant d’une merveilleuse complainte en plein air et rajustant sa tenue vestimentaire devant ses yeux, sans aucune fausse pudeur ; tantôt amante, découvrant ses sentiments au cours d’une scène de massage entrée dans toutes les mémoires cinéphiles, mais qui aurait été tournée par Jean NEGULESCO, après une preview publique assez désastreuse ; loin, très loin, de l’image de fausse ingénue désarmante et charnelle dans laquelle elle resta trop souvent enfermée. C’est peu dire que chacune des chansons qu’elle interprète, tour à tour songeuse ("One silver dollar"), provocante ("I’m gonna file my claim"), épanouie ("Down in the meadow", donc) ou douloureusement nostalgique (la reprise finale de "River of no return") est comme un petit moment de paradis cinégénique.  Western de la plénitude, il est évident que "Rivière sans retour" doit aussi beaucoup au style de caméra de son réalisateur, qui abordait le format du Cinémascope pour la première fois de sa carrière. Immédiatement conquis (hormis "The man with the golden arm" et "Anatomy of a murder" toutes les réussites ultérieures du cinéaste s’exprimeront à travers ce format ou celui, cousin, du SuperPanavision 70) PREMINGER l’utilise comme un écrin pour valoriser, dans de très amples et très lents mouvements d’appareils, la majesté irréelle de cette nature sauvage des Rocheuses, œuvrant avant tout sur la profondeur de champs pour donner un relief saisissant à ces gorges creusées par le torrent tumultueux ou pour conférer des dimensions sans fins à une vallée encaissée entre deux massifs montagneux. Filmant comme il respire, il sait aussi traduire l’effervescence de cette nouvelle "Sodome et Gommorrhe" (dixit le fidèle acteur fordien Arthur SHIELDS dans son éternel emploi de prédicateur) que représente le camp de prospecteurs, découvert jusque dans les moindres strates offertes par l’accumulation géométrique des toiles de tentes dans le cadre, toutes grouillantes de vie, au rythme d’un travelling latéral effréné entrepris de droite à gauche après une courte hésitation et la retenue d’un cheval qui se cabre, surpris par la peur ; du grand art.  Après ce western de commande, PREMINGER vendra sa villa hollywoodienne pour racheter ses dernières années de contrat Fox à ZANUCK, et s’exilera à New York, berceau de ses premiers succès américains dans le théâtre. Il livrera alors une série de chefs-d’œuvre amorcée dès le film suivant, "Carmen Jones". Mais il ne reviendra malheureusement plus jamais au western. C’est fort dommage, car ne seraient-ce les inévitables transparences dues au sujet qui viennent parfois entacher la saisissante beauté de cet exaltant et très moral récit d’aventures, "River of no return" aurait sa place parmi les plus beaux fleurons du genre. Il s’en faut d’un rien.
1953 / Diverses photos sur le tournage du film "River of no return". / Rarement une ballade aura si parfaitement illustré l’étoffe du film dont elle agrémente la vision. Il y a peu d’action dans ce western nonchalant, et encore moins sous la forme de fusillades. Un puma, un duo de prospecteurs se dresseront sur le parcours du trio, puis enfin les Indiens, juste avant le face à face final à Council City, lui-même tronqué : une empoignade de plus, un coup de feu hors champs et ce sera terminé. C’est à peu près tout. Le reste du temps, comme pour "The Big Sky" de HAWKS, comme pour "Wagon Master" de FORD ou pour le trop méconnu "Across the wide Missouri" de WELLMAN, le récit se perdra en méandres et digressions dédramatisées, contemplatives et sensuelles, faisant avec un même bonheur un sort aux corps qui se livrent dans l’effort et aux âmes que la rivière, éternelle source purificatrice du western ("Bend of the river", "The naked spur"), se chargera de laver de leurs préjugés. Le dialogue lui-même se pare parfois d’une poésie solaire des plus inattendues dans le genre : - I had to get money to get out. When I met Harry he wanted the same thing. Then he won the claim. It was our big chance ; a chance for both of us to get away. - Where ? - Out of the lives we were both living. Some place where people live like human beings. - That’s in Heaven... - We weren’t thinking of going quite that far with it.  Au terme de cet itinéraire, épuisant mais rédempteur, Matt et Kay auront appris à se défaire de cette défiance d’autrui qui les coupe du monde, et à se défaire de cette pudeur qui les empêche de s’avouer leur amour mutuel.  La merveilleuse alchimie du couple MITCHUM - MONROE est pour beaucoup dans le ton heureux et serein de ce beau récit d’apprentissage ; la quiétude, la force tranquille et naturelle émanant du grand Bob, ici dans un emploi sur mesure, offrant un contrepoint parfait à la fragilité refoulée de Marilyn. Il est de notoriété publique que l’actrice s’entendit très mal avec son réalisateur, PREMINGER allant jusqu’à déclarer que "diriger Marilyn, c’est comme diriger Lassie ; il faut faire quatorze prises pour obtenir l’aboiement adéquat" ! Mais les exemples d’antipathie entre le réalisateur viennois (qui sera néanmoins beaucoup plus patient avec une autre comédienne en proie au doute, Kim NOVAK, sur le tournage de son admirable film sur la dépendance aux narcotiques, "The man with the golden arm") sont légions, et dans son autobiographie, il s’en prendra surtout à la répétitrice de Marilyn sur le tournage, l’Allemande Natasha LYTESS, coupable selon lui, non seulement de gâcher le naturel ébouriffant de la comédienne mais aussi de réussir à déstabiliser le très jeune et pourtant déjà très professionnel Tommy RETTIG ("Les 5000 doigts du Dr.T"). Et PREMINGER de saluer l’initiative de Robert MITCHUM, sachant ramener sa partenaire à plus de simplicité à grand recours d’encouragements et au besoin... de puissantes bourrades sur le dos !  Quoi qu’il en soit, il est permis de penser que la comédienne n’a jamais été ni meilleure ni plus désirable que dans ce western. Offerte sans fard à l’objectif caressant de Joseph LaSHELLE, elle s’y révèle pour la première fois – et peut-être la dernière - femme sous toutes ses facettes : tantôt femme enfant aveuglée par un premier amour factice ; tantôt piquante et séductrice ; tantôt maternelle face au petit Mark, le ravissant d’une merveilleuse complainte en plein air et rajustant sa tenue vestimentaire devant ses yeux, sans aucune fausse pudeur ; tantôt amante, découvrant ses sentiments au cours d’une scène de massage entrée dans toutes les mémoires cinéphiles, mais qui aurait été tournée par Jean NEGULESCO, après une preview publique assez désastreuse ; loin, très loin, de l’image de fausse ingénue désarmante et charnelle dans laquelle elle resta trop souvent enfermée. C’est peu dire que chacune des chansons qu’elle interprète, tour à tour songeuse ("One silver dollar"), provocante ("I’m gonna file my claim"), épanouie ("Down in the meadow", donc) ou douloureusement nostalgique (la reprise finale de "River of no return") est comme un petit moment de paradis cinégénique.  Western de la plénitude, il est évident que "Rivière sans retour" doit aussi beaucoup au style de caméra de son réalisateur, qui abordait le format du Cinémascope pour la première fois de sa carrière. Immédiatement conquis (hormis "The man with the golden arm" et "Anatomy of a murder" toutes les réussites ultérieures du cinéaste s’exprimeront à travers ce format ou celui, cousin, du SuperPanavision 70) PREMINGER l’utilise comme un écrin pour valoriser, dans de très amples et très lents mouvements d’appareils, la majesté irréelle de cette nature sauvage des Rocheuses, œuvrant avant tout sur la profondeur de champs pour donner un relief saisissant à ces gorges creusées par le torrent tumultueux ou pour conférer des dimensions sans fins à une vallée encaissée entre deux massifs montagneux. Filmant comme il respire, il sait aussi traduire l’effervescence de cette nouvelle "Sodome et Gommorrhe" (dixit le fidèle acteur fordien Arthur SHIELDS dans son éternel emploi de prédicateur) que représente le camp de prospecteurs, découvert jusque dans les moindres strates offertes par l’accumulation géométrique des toiles de tentes dans le cadre, toutes grouillantes de vie, au rythme d’un travelling latéral effréné entrepris de droite à gauche après une courte hésitation et la retenue d’un cheval qui se cabre, surpris par la peur ; du grand art.  Après ce western de commande, PREMINGER vendra sa villa hollywoodienne pour racheter ses dernières années de contrat Fox à ZANUCK, et s’exilera à New York, berceau de ses premiers succès américains dans le théâtre. Il livrera alors une série de chefs-d’œuvre amorcée dès le film suivant, "Carmen Jones". Mais il ne reviendra malheureusement plus jamais au western. C’est fort dommage, car ne seraient-ce les inévitables transparences dues au sujet qui viennent parfois entacher la saisissante beauté de cet exaltant et très moral récit d’aventures, "River of no return" aurait sa place parmi les plus beaux fleurons du genre. Il s’en faut d’un rien.
1953 / Diverses photos sur le tournage du film "River of no return". / Rarement une ballade aura si parfaitement illustré l’étoffe du film dont elle agrémente la vision. Il y a peu d’action dans ce western nonchalant, et encore moins sous la forme de fusillades. Un puma, un duo de prospecteurs se dresseront sur le parcours du trio, puis enfin les Indiens, juste avant le face à face final à Council City, lui-même tronqué : une empoignade de plus, un coup de feu hors champs et ce sera terminé. C’est à peu près tout. Le reste du temps, comme pour "The Big Sky" de HAWKS, comme pour "Wagon Master" de FORD ou pour le trop méconnu "Across the wide Missouri" de WELLMAN, le récit se perdra en méandres et digressions dédramatisées, contemplatives et sensuelles, faisant avec un même bonheur un sort aux corps qui se livrent dans l’effort et aux âmes que la rivière, éternelle source purificatrice du western ("Bend of the river", "The naked spur"), se chargera de laver de leurs préjugés. Le dialogue lui-même se pare parfois d’une poésie solaire des plus inattendues dans le genre : - I had to get money to get out. When I met Harry he wanted the same thing. Then he won the claim. It was our big chance ; a chance for both of us to get away. - Where ? - Out of the lives we were both living. Some place where people live like human beings. - That’s in Heaven... - We weren’t thinking of going quite that far with it.  Au terme de cet itinéraire, épuisant mais rédempteur, Matt et Kay auront appris à se défaire de cette défiance d’autrui qui les coupe du monde, et à se défaire de cette pudeur qui les empêche de s’avouer leur amour mutuel.  La merveilleuse alchimie du couple MITCHUM - MONROE est pour beaucoup dans le ton heureux et serein de ce beau récit d’apprentissage ; la quiétude, la force tranquille et naturelle émanant du grand Bob, ici dans un emploi sur mesure, offrant un contrepoint parfait à la fragilité refoulée de Marilyn. Il est de notoriété publique que l’actrice s’entendit très mal avec son réalisateur, PREMINGER allant jusqu’à déclarer que "diriger Marilyn, c’est comme diriger Lassie ; il faut faire quatorze prises pour obtenir l’aboiement adéquat" ! Mais les exemples d’antipathie entre le réalisateur viennois (qui sera néanmoins beaucoup plus patient avec une autre comédienne en proie au doute, Kim NOVAK, sur le tournage de son admirable film sur la dépendance aux narcotiques, "The man with the golden arm") sont légions, et dans son autobiographie, il s’en prendra surtout à la répétitrice de Marilyn sur le tournage, l’Allemande Natasha LYTESS, coupable selon lui, non seulement de gâcher le naturel ébouriffant de la comédienne mais aussi de réussir à déstabiliser le très jeune et pourtant déjà très professionnel Tommy RETTIG ("Les 5000 doigts du Dr.T"). Et PREMINGER de saluer l’initiative de Robert MITCHUM, sachant ramener sa partenaire à plus de simplicité à grand recours d’encouragements et au besoin... de puissantes bourrades sur le dos !  Quoi qu’il en soit, il est permis de penser que la comédienne n’a jamais été ni meilleure ni plus désirable que dans ce western. Offerte sans fard à l’objectif caressant de Joseph LaSHELLE, elle s’y révèle pour la première fois – et peut-être la dernière - femme sous toutes ses facettes : tantôt femme enfant aveuglée par un premier amour factice ; tantôt piquante et séductrice ; tantôt maternelle face au petit Mark, le ravissant d’une merveilleuse complainte en plein air et rajustant sa tenue vestimentaire devant ses yeux, sans aucune fausse pudeur ; tantôt amante, découvrant ses sentiments au cours d’une scène de massage entrée dans toutes les mémoires cinéphiles, mais qui aurait été tournée par Jean NEGULESCO, après une preview publique assez désastreuse ; loin, très loin, de l’image de fausse ingénue désarmante et charnelle dans laquelle elle resta trop souvent enfermée. C’est peu dire que chacune des chansons qu’elle interprète, tour à tour songeuse ("One silver dollar"), provocante ("I’m gonna file my claim"), épanouie ("Down in the meadow", donc) ou douloureusement nostalgique (la reprise finale de "River of no return") est comme un petit moment de paradis cinégénique.  Western de la plénitude, il est évident que "Rivière sans retour" doit aussi beaucoup au style de caméra de son réalisateur, qui abordait le format du Cinémascope pour la première fois de sa carrière. Immédiatement conquis (hormis "The man with the golden arm" et "Anatomy of a murder" toutes les réussites ultérieures du cinéaste s’exprimeront à travers ce format ou celui, cousin, du SuperPanavision 70) PREMINGER l’utilise comme un écrin pour valoriser, dans de très amples et très lents mouvements d’appareils, la majesté irréelle de cette nature sauvage des Rocheuses, œuvrant avant tout sur la profondeur de champs pour donner un relief saisissant à ces gorges creusées par le torrent tumultueux ou pour conférer des dimensions sans fins à une vallée encaissée entre deux massifs montagneux. Filmant comme il respire, il sait aussi traduire l’effervescence de cette nouvelle "Sodome et Gommorrhe" (dixit le fidèle acteur fordien Arthur SHIELDS dans son éternel emploi de prédicateur) que représente le camp de prospecteurs, découvert jusque dans les moindres strates offertes par l’accumulation géométrique des toiles de tentes dans le cadre, toutes grouillantes de vie, au rythme d’un travelling latéral effréné entrepris de droite à gauche après une courte hésitation et la retenue d’un cheval qui se cabre, surpris par la peur ; du grand art.  Après ce western de commande, PREMINGER vendra sa villa hollywoodienne pour racheter ses dernières années de contrat Fox à ZANUCK, et s’exilera à New York, berceau de ses premiers succès américains dans le théâtre. Il livrera alors une série de chefs-d’œuvre amorcée dès le film suivant, "Carmen Jones". Mais il ne reviendra malheureusement plus jamais au western. C’est fort dommage, car ne seraient-ce les inévitables transparences dues au sujet qui viennent parfois entacher la saisissante beauté de cet exaltant et très moral récit d’aventures, "River of no return" aurait sa place parmi les plus beaux fleurons du genre. Il s’en faut d’un rien.
1953 / Diverses photos sur le tournage du film "River of no return". / Rarement une ballade aura si parfaitement illustré l’étoffe du film dont elle agrémente la vision. Il y a peu d’action dans ce western nonchalant, et encore moins sous la forme de fusillades. Un puma, un duo de prospecteurs se dresseront sur le parcours du trio, puis enfin les Indiens, juste avant le face à face final à Council City, lui-même tronqué : une empoignade de plus, un coup de feu hors champs et ce sera terminé. C’est à peu près tout. Le reste du temps, comme pour "The Big Sky" de HAWKS, comme pour "Wagon Master" de FORD ou pour le trop méconnu "Across the wide Missouri" de WELLMAN, le récit se perdra en méandres et digressions dédramatisées, contemplatives et sensuelles, faisant avec un même bonheur un sort aux corps qui se livrent dans l’effort et aux âmes que la rivière, éternelle source purificatrice du western ("Bend of the river", "The naked spur"), se chargera de laver de leurs préjugés. Le dialogue lui-même se pare parfois d’une poésie solaire des plus inattendues dans le genre : - I had to get money to get out. When I met Harry he wanted the same thing. Then he won the claim. It was our big chance ; a chance for both of us to get away. - Where ? - Out of the lives we were both living. Some place where people live like human beings. - That’s in Heaven... - We weren’t thinking of going quite that far with it.  Au terme de cet itinéraire, épuisant mais rédempteur, Matt et Kay auront appris à se défaire de cette défiance d’autrui qui les coupe du monde, et à se défaire de cette pudeur qui les empêche de s’avouer leur amour mutuel.  La merveilleuse alchimie du couple MITCHUM - MONROE est pour beaucoup dans le ton heureux et serein de ce beau récit d’apprentissage ; la quiétude, la force tranquille et naturelle émanant du grand Bob, ici dans un emploi sur mesure, offrant un contrepoint parfait à la fragilité refoulée de Marilyn. Il est de notoriété publique que l’actrice s’entendit très mal avec son réalisateur, PREMINGER allant jusqu’à déclarer que "diriger Marilyn, c’est comme diriger Lassie ; il faut faire quatorze prises pour obtenir l’aboiement adéquat" ! Mais les exemples d’antipathie entre le réalisateur viennois (qui sera néanmoins beaucoup plus patient avec une autre comédienne en proie au doute, Kim NOVAK, sur le tournage de son admirable film sur la dépendance aux narcotiques, "The man with the golden arm") sont légions, et dans son autobiographie, il s’en prendra surtout à la répétitrice de Marilyn sur le tournage, l’Allemande Natasha LYTESS, coupable selon lui, non seulement de gâcher le naturel ébouriffant de la comédienne mais aussi de réussir à déstabiliser le très jeune et pourtant déjà très professionnel Tommy RETTIG ("Les 5000 doigts du Dr.T"). Et PREMINGER de saluer l’initiative de Robert MITCHUM, sachant ramener sa partenaire à plus de simplicité à grand recours d’encouragements et au besoin... de puissantes bourrades sur le dos !  Quoi qu’il en soit, il est permis de penser que la comédienne n’a jamais été ni meilleure ni plus désirable que dans ce western. Offerte sans fard à l’objectif caressant de Joseph LaSHELLE, elle s’y révèle pour la première fois – et peut-être la dernière - femme sous toutes ses facettes : tantôt femme enfant aveuglée par un premier amour factice ; tantôt piquante et séductrice ; tantôt maternelle face au petit Mark, le ravissant d’une merveilleuse complainte en plein air et rajustant sa tenue vestimentaire devant ses yeux, sans aucune fausse pudeur ; tantôt amante, découvrant ses sentiments au cours d’une scène de massage entrée dans toutes les mémoires cinéphiles, mais qui aurait été tournée par Jean NEGULESCO, après une preview publique assez désastreuse ; loin, très loin, de l’image de fausse ingénue désarmante et charnelle dans laquelle elle resta trop souvent enfermée. C’est peu dire que chacune des chansons qu’elle interprète, tour à tour songeuse ("One silver dollar"), provocante ("I’m gonna file my claim"), épanouie ("Down in the meadow", donc) ou douloureusement nostalgique (la reprise finale de "River of no return") est comme un petit moment de paradis cinégénique.  Western de la plénitude, il est évident que "Rivière sans retour" doit aussi beaucoup au style de caméra de son réalisateur, qui abordait le format du Cinémascope pour la première fois de sa carrière. Immédiatement conquis (hormis "The man with the golden arm" et "Anatomy of a murder" toutes les réussites ultérieures du cinéaste s’exprimeront à travers ce format ou celui, cousin, du SuperPanavision 70) PREMINGER l’utilise comme un écrin pour valoriser, dans de très amples et très lents mouvements d’appareils, la majesté irréelle de cette nature sauvage des Rocheuses, œuvrant avant tout sur la profondeur de champs pour donner un relief saisissant à ces gorges creusées par le torrent tumultueux ou pour conférer des dimensions sans fins à une vallée encaissée entre deux massifs montagneux. Filmant comme il respire, il sait aussi traduire l’effervescence de cette nouvelle "Sodome et Gommorrhe" (dixit le fidèle acteur fordien Arthur SHIELDS dans son éternel emploi de prédicateur) que représente le camp de prospecteurs, découvert jusque dans les moindres strates offertes par l’accumulation géométrique des toiles de tentes dans le cadre, toutes grouillantes de vie, au rythme d’un travelling latéral effréné entrepris de droite à gauche après une courte hésitation et la retenue d’un cheval qui se cabre, surpris par la peur ; du grand art.  Après ce western de commande, PREMINGER vendra sa villa hollywoodienne pour racheter ses dernières années de contrat Fox à ZANUCK, et s’exilera à New York, berceau de ses premiers succès américains dans le théâtre. Il livrera alors une série de chefs-d’œuvre amorcée dès le film suivant, "Carmen Jones". Mais il ne reviendra malheureusement plus jamais au western. C’est fort dommage, car ne seraient-ce les inévitables transparences dues au sujet qui viennent parfois entacher la saisissante beauté de cet exaltant et très moral récit d’aventures, "River of no return" aurait sa place parmi les plus beaux fleurons du genre. Il s’en faut d’un rien.
1953 / Diverses photos sur le tournage du film "River of no return". / Rarement une ballade aura si parfaitement illustré l’étoffe du film dont elle agrémente la vision. Il y a peu d’action dans ce western nonchalant, et encore moins sous la forme de fusillades. Un puma, un duo de prospecteurs se dresseront sur le parcours du trio, puis enfin les Indiens, juste avant le face à face final à Council City, lui-même tronqué : une empoignade de plus, un coup de feu hors champs et ce sera terminé. C’est à peu près tout. Le reste du temps, comme pour "The Big Sky" de HAWKS, comme pour "Wagon Master" de FORD ou pour le trop méconnu "Across the wide Missouri" de WELLMAN, le récit se perdra en méandres et digressions dédramatisées, contemplatives et sensuelles, faisant avec un même bonheur un sort aux corps qui se livrent dans l’effort et aux âmes que la rivière, éternelle source purificatrice du western ("Bend of the river", "The naked spur"), se chargera de laver de leurs préjugés. Le dialogue lui-même se pare parfois d’une poésie solaire des plus inattendues dans le genre : - I had to get money to get out. When I met Harry he wanted the same thing. Then he won the claim. It was our big chance ; a chance for both of us to get away. - Where ? - Out of the lives we were both living. Some place where people live like human beings. - That’s in Heaven... - We weren’t thinking of going quite that far with it.  Au terme de cet itinéraire, épuisant mais rédempteur, Matt et Kay auront appris à se défaire de cette défiance d’autrui qui les coupe du monde, et à se défaire de cette pudeur qui les empêche de s’avouer leur amour mutuel.  La merveilleuse alchimie du couple MITCHUM - MONROE est pour beaucoup dans le ton heureux et serein de ce beau récit d’apprentissage ; la quiétude, la force tranquille et naturelle émanant du grand Bob, ici dans un emploi sur mesure, offrant un contrepoint parfait à la fragilité refoulée de Marilyn. Il est de notoriété publique que l’actrice s’entendit très mal avec son réalisateur, PREMINGER allant jusqu’à déclarer que "diriger Marilyn, c’est comme diriger Lassie ; il faut faire quatorze prises pour obtenir l’aboiement adéquat" ! Mais les exemples d’antipathie entre le réalisateur viennois (qui sera néanmoins beaucoup plus patient avec une autre comédienne en proie au doute, Kim NOVAK, sur le tournage de son admirable film sur la dépendance aux narcotiques, "The man with the golden arm") sont légions, et dans son autobiographie, il s’en prendra surtout à la répétitrice de Marilyn sur le tournage, l’Allemande Natasha LYTESS, coupable selon lui, non seulement de gâcher le naturel ébouriffant de la comédienne mais aussi de réussir à déstabiliser le très jeune et pourtant déjà très professionnel Tommy RETTIG ("Les 5000 doigts du Dr.T"). Et PREMINGER de saluer l’initiative de Robert MITCHUM, sachant ramener sa partenaire à plus de simplicité à grand recours d’encouragements et au besoin... de puissantes bourrades sur le dos !  Quoi qu’il en soit, il est permis de penser que la comédienne n’a jamais été ni meilleure ni plus désirable que dans ce western. Offerte sans fard à l’objectif caressant de Joseph LaSHELLE, elle s’y révèle pour la première fois – et peut-être la dernière - femme sous toutes ses facettes : tantôt femme enfant aveuglée par un premier amour factice ; tantôt piquante et séductrice ; tantôt maternelle face au petit Mark, le ravissant d’une merveilleuse complainte en plein air et rajustant sa tenue vestimentaire devant ses yeux, sans aucune fausse pudeur ; tantôt amante, découvrant ses sentiments au cours d’une scène de massage entrée dans toutes les mémoires cinéphiles, mais qui aurait été tournée par Jean NEGULESCO, après une preview publique assez désastreuse ; loin, très loin, de l’image de fausse ingénue désarmante et charnelle dans laquelle elle resta trop souvent enfermée. C’est peu dire que chacune des chansons qu’elle interprète, tour à tour songeuse ("One silver dollar"), provocante ("I’m gonna file my claim"), épanouie ("Down in the meadow", donc) ou douloureusement nostalgique (la reprise finale de "River of no return") est comme un petit moment de paradis cinégénique.  Western de la plénitude, il est évident que "Rivière sans retour" doit aussi beaucoup au style de caméra de son réalisateur, qui abordait le format du Cinémascope pour la première fois de sa carrière. Immédiatement conquis (hormis "The man with the golden arm" et "Anatomy of a murder" toutes les réussites ultérieures du cinéaste s’exprimeront à travers ce format ou celui, cousin, du SuperPanavision 70) PREMINGER l’utilise comme un écrin pour valoriser, dans de très amples et très lents mouvements d’appareils, la majesté irréelle de cette nature sauvage des Rocheuses, œuvrant avant tout sur la profondeur de champs pour donner un relief saisissant à ces gorges creusées par le torrent tumultueux ou pour conférer des dimensions sans fins à une vallée encaissée entre deux massifs montagneux. Filmant comme il respire, il sait aussi traduire l’effervescence de cette nouvelle "Sodome et Gommorrhe" (dixit le fidèle acteur fordien Arthur SHIELDS dans son éternel emploi de prédicateur) que représente le camp de prospecteurs, découvert jusque dans les moindres strates offertes par l’accumulation géométrique des toiles de tentes dans le cadre, toutes grouillantes de vie, au rythme d’un travelling latéral effréné entrepris de droite à gauche après une courte hésitation et la retenue d’un cheval qui se cabre, surpris par la peur ; du grand art.  Après ce western de commande, PREMINGER vendra sa villa hollywoodienne pour racheter ses dernières années de contrat Fox à ZANUCK, et s’exilera à New York, berceau de ses premiers succès américains dans le théâtre. Il livrera alors une série de chefs-d’œuvre amorcée dès le film suivant, "Carmen Jones". Mais il ne reviendra malheureusement plus jamais au western. C’est fort dommage, car ne seraient-ce les inévitables transparences dues au sujet qui viennent parfois entacher la saisissante beauté de cet exaltant et très moral récit d’aventures, "River of no return" aurait sa place parmi les plus beaux fleurons du genre. Il s’en faut d’un rien.
1953 / Diverses photos sur le tournage du film "River of no return". / Rarement une ballade aura si parfaitement illustré l’étoffe du film dont elle agrémente la vision. Il y a peu d’action dans ce western nonchalant, et encore moins sous la forme de fusillades. Un puma, un duo de prospecteurs se dresseront sur le parcours du trio, puis enfin les Indiens, juste avant le face à face final à Council City, lui-même tronqué : une empoignade de plus, un coup de feu hors champs et ce sera terminé. C’est à peu près tout. Le reste du temps, comme pour "The Big Sky" de HAWKS, comme pour "Wagon Master" de FORD ou pour le trop méconnu "Across the wide Missouri" de WELLMAN, le récit se perdra en méandres et digressions dédramatisées, contemplatives et sensuelles, faisant avec un même bonheur un sort aux corps qui se livrent dans l’effort et aux âmes que la rivière, éternelle source purificatrice du western ("Bend of the river", "The naked spur"), se chargera de laver de leurs préjugés. Le dialogue lui-même se pare parfois d’une poésie solaire des plus inattendues dans le genre : - I had to get money to get out. When I met Harry he wanted the same thing. Then he won the claim. It was our big chance ; a chance for both of us to get away. - Where ? - Out of the lives we were both living. Some place where people live like human beings. - That’s in Heaven... - We weren’t thinking of going quite that far with it.  Au terme de cet itinéraire, épuisant mais rédempteur, Matt et Kay auront appris à se défaire de cette défiance d’autrui qui les coupe du monde, et à se défaire de cette pudeur qui les empêche de s’avouer leur amour mutuel.  La merveilleuse alchimie du couple MITCHUM - MONROE est pour beaucoup dans le ton heureux et serein de ce beau récit d’apprentissage ; la quiétude, la force tranquille et naturelle émanant du grand Bob, ici dans un emploi sur mesure, offrant un contrepoint parfait à la fragilité refoulée de Marilyn. Il est de notoriété publique que l’actrice s’entendit très mal avec son réalisateur, PREMINGER allant jusqu’à déclarer que "diriger Marilyn, c’est comme diriger Lassie ; il faut faire quatorze prises pour obtenir l’aboiement adéquat" ! Mais les exemples d’antipathie entre le réalisateur viennois (qui sera néanmoins beaucoup plus patient avec une autre comédienne en proie au doute, Kim NOVAK, sur le tournage de son admirable film sur la dépendance aux narcotiques, "The man with the golden arm") sont légions, et dans son autobiographie, il s’en prendra surtout à la répétitrice de Marilyn sur le tournage, l’Allemande Natasha LYTESS, coupable selon lui, non seulement de gâcher le naturel ébouriffant de la comédienne mais aussi de réussir à déstabiliser le très jeune et pourtant déjà très professionnel Tommy RETTIG ("Les 5000 doigts du Dr.T"). Et PREMINGER de saluer l’initiative de Robert MITCHUM, sachant ramener sa partenaire à plus de simplicité à grand recours d’encouragements et au besoin... de puissantes bourrades sur le dos !  Quoi qu’il en soit, il est permis de penser que la comédienne n’a jamais été ni meilleure ni plus désirable que dans ce western. Offerte sans fard à l’objectif caressant de Joseph LaSHELLE, elle s’y révèle pour la première fois – et peut-être la dernière - femme sous toutes ses facettes : tantôt femme enfant aveuglée par un premier amour factice ; tantôt piquante et séductrice ; tantôt maternelle face au petit Mark, le ravissant d’une merveilleuse complainte en plein air et rajustant sa tenue vestimentaire devant ses yeux, sans aucune fausse pudeur ; tantôt amante, découvrant ses sentiments au cours d’une scène de massage entrée dans toutes les mémoires cinéphiles, mais qui aurait été tournée par Jean NEGULESCO, après une preview publique assez désastreuse ; loin, très loin, de l’image de fausse ingénue désarmante et charnelle dans laquelle elle resta trop souvent enfermée. C’est peu dire que chacune des chansons qu’elle interprète, tour à tour songeuse ("One silver dollar"), provocante ("I’m gonna file my claim"), épanouie ("Down in the meadow", donc) ou douloureusement nostalgique (la reprise finale de "River of no return") est comme un petit moment de paradis cinégénique.  Western de la plénitude, il est évident que "Rivière sans retour" doit aussi beaucoup au style de caméra de son réalisateur, qui abordait le format du Cinémascope pour la première fois de sa carrière. Immédiatement conquis (hormis "The man with the golden arm" et "Anatomy of a murder" toutes les réussites ultérieures du cinéaste s’exprimeront à travers ce format ou celui, cousin, du SuperPanavision 70) PREMINGER l’utilise comme un écrin pour valoriser, dans de très amples et très lents mouvements d’appareils, la majesté irréelle de cette nature sauvage des Rocheuses, œuvrant avant tout sur la profondeur de champs pour donner un relief saisissant à ces gorges creusées par le torrent tumultueux ou pour conférer des dimensions sans fins à une vallée encaissée entre deux massifs montagneux. Filmant comme il respire, il sait aussi traduire l’effervescence de cette nouvelle "Sodome et Gommorrhe" (dixit le fidèle acteur fordien Arthur SHIELDS dans son éternel emploi de prédicateur) que représente le camp de prospecteurs, découvert jusque dans les moindres strates offertes par l’accumulation géométrique des toiles de tentes dans le cadre, toutes grouillantes de vie, au rythme d’un travelling latéral effréné entrepris de droite à gauche après une courte hésitation et la retenue d’un cheval qui se cabre, surpris par la peur ; du grand art.  Après ce western de commande, PREMINGER vendra sa villa hollywoodienne pour racheter ses dernières années de contrat Fox à ZANUCK, et s’exilera à New York, berceau de ses premiers succès américains dans le théâtre. Il livrera alors une série de chefs-d’œuvre amorcée dès le film suivant, "Carmen Jones". Mais il ne reviendra malheureusement plus jamais au western. C’est fort dommage, car ne seraient-ce les inévitables transparences dues au sujet qui viennent parfois entacher la saisissante beauté de cet exaltant et très moral récit d’aventures, "River of no return" aurait sa place parmi les plus beaux fleurons du genre. Il s’en faut d’un rien.
1953 / Diverses photos sur le tournage du film "River of no return". / Rarement une ballade aura si parfaitement illustré l’étoffe du film dont elle agrémente la vision. Il y a peu d’action dans ce western nonchalant, et encore moins sous la forme de fusillades. Un puma, un duo de prospecteurs se dresseront sur le parcours du trio, puis enfin les Indiens, juste avant le face à face final à Council City, lui-même tronqué : une empoignade de plus, un coup de feu hors champs et ce sera terminé. C’est à peu près tout. Le reste du temps, comme pour "The Big Sky" de HAWKS, comme pour "Wagon Master" de FORD ou pour le trop méconnu "Across the wide Missouri" de WELLMAN, le récit se perdra en méandres et digressions dédramatisées, contemplatives et sensuelles, faisant avec un même bonheur un sort aux corps qui se livrent dans l’effort et aux âmes que la rivière, éternelle source purificatrice du western ("Bend of the river", "The naked spur"), se chargera de laver de leurs préjugés. Le dialogue lui-même se pare parfois d’une poésie solaire des plus inattendues dans le genre : - I had to get money to get out. When I met Harry he wanted the same thing. Then he won the claim. It was our big chance ; a chance for both of us to get away. - Where ? - Out of the lives we were both living. Some place where people live like human beings. - That’s in Heaven... - We weren’t thinking of going quite that far with it.  Au terme de cet itinéraire, épuisant mais rédempteur, Matt et Kay auront appris à se défaire de cette défiance d’autrui qui les coupe du monde, et à se défaire de cette pudeur qui les empêche de s’avouer leur amour mutuel.  La merveilleuse alchimie du couple MITCHUM - MONROE est pour beaucoup dans le ton heureux et serein de ce beau récit d’apprentissage ; la quiétude, la force tranquille et naturelle émanant du grand Bob, ici dans un emploi sur mesure, offrant un contrepoint parfait à la fragilité refoulée de Marilyn. Il est de notoriété publique que l’actrice s’entendit très mal avec son réalisateur, PREMINGER allant jusqu’à déclarer que "diriger Marilyn, c’est comme diriger Lassie ; il faut faire quatorze prises pour obtenir l’aboiement adéquat" ! Mais les exemples d’antipathie entre le réalisateur viennois (qui sera néanmoins beaucoup plus patient avec une autre comédienne en proie au doute, Kim NOVAK, sur le tournage de son admirable film sur la dépendance aux narcotiques, "The man with the golden arm") sont légions, et dans son autobiographie, il s’en prendra surtout à la répétitrice de Marilyn sur le tournage, l’Allemande Natasha LYTESS, coupable selon lui, non seulement de gâcher le naturel ébouriffant de la comédienne mais aussi de réussir à déstabiliser le très jeune et pourtant déjà très professionnel Tommy RETTIG ("Les 5000 doigts du Dr.T"). Et PREMINGER de saluer l’initiative de Robert MITCHUM, sachant ramener sa partenaire à plus de simplicité à grand recours d’encouragements et au besoin... de puissantes bourrades sur le dos !  Quoi qu’il en soit, il est permis de penser que la comédienne n’a jamais été ni meilleure ni plus désirable que dans ce western. Offerte sans fard à l’objectif caressant de Joseph LaSHELLE, elle s’y révèle pour la première fois – et peut-être la dernière - femme sous toutes ses facettes : tantôt femme enfant aveuglée par un premier amour factice ; tantôt piquante et séductrice ; tantôt maternelle face au petit Mark, le ravissant d’une merveilleuse complainte en plein air et rajustant sa tenue vestimentaire devant ses yeux, sans aucune fausse pudeur ; tantôt amante, découvrant ses sentiments au cours d’une scène de massage entrée dans toutes les mémoires cinéphiles, mais qui aurait été tournée par Jean NEGULESCO, après une preview publique assez désastreuse ; loin, très loin, de l’image de fausse ingénue désarmante et charnelle dans laquelle elle resta trop souvent enfermée. C’est peu dire que chacune des chansons qu’elle interprète, tour à tour songeuse ("One silver dollar"), provocante ("I’m gonna file my claim"), épanouie ("Down in the meadow", donc) ou douloureusement nostalgique (la reprise finale de "River of no return") est comme un petit moment de paradis cinégénique.  Western de la plénitude, il est évident que "Rivière sans retour" doit aussi beaucoup au style de caméra de son réalisateur, qui abordait le format du Cinémascope pour la première fois de sa carrière. Immédiatement conquis (hormis "The man with the golden arm" et "Anatomy of a murder" toutes les réussites ultérieures du cinéaste s’exprimeront à travers ce format ou celui, cousin, du SuperPanavision 70) PREMINGER l’utilise comme un écrin pour valoriser, dans de très amples et très lents mouvements d’appareils, la majesté irréelle de cette nature sauvage des Rocheuses, œuvrant avant tout sur la profondeur de champs pour donner un relief saisissant à ces gorges creusées par le torrent tumultueux ou pour conférer des dimensions sans fins à une vallée encaissée entre deux massifs montagneux. Filmant comme il respire, il sait aussi traduire l’effervescence de cette nouvelle "Sodome et Gommorrhe" (dixit le fidèle acteur fordien Arthur SHIELDS dans son éternel emploi de prédicateur) que représente le camp de prospecteurs, découvert jusque dans les moindres strates offertes par l’accumulation géométrique des toiles de tentes dans le cadre, toutes grouillantes de vie, au rythme d’un travelling latéral effréné entrepris de droite à gauche après une courte hésitation et la retenue d’un cheval qui se cabre, surpris par la peur ; du grand art.  Après ce western de commande, PREMINGER vendra sa villa hollywoodienne pour racheter ses dernières années de contrat Fox à ZANUCK, et s’exilera à New York, berceau de ses premiers succès américains dans le théâtre. Il livrera alors une série de chefs-d’œuvre amorcée dès le film suivant, "Carmen Jones". Mais il ne reviendra malheureusement plus jamais au western. C’est fort dommage, car ne seraient-ce les inévitables transparences dues au sujet qui viennent parfois entacher la saisissante beauté de cet exaltant et très moral récit d’aventures, "River of no return" aurait sa place parmi les plus beaux fleurons du genre. Il s’en faut d’un rien.

ANALYSE ET CRITIQUE
"River of no return" tient une place à part dans la filmographie d'Otto PREMINGER, et pas seulement parce qu'il s'agit de sa seule incursion dans le genre alors triomphant du western. Il s'agit d'une commande de Darryl ZANUCK au réalisateur le plus prestigieux de son studio à cette date (1953) après le départ de Joseph L. MANKIEWICZ l'année précédente. MANKIEWICZ a définitivement dit non au système des studios après "Five Fingers" mais n'a pas encore livré son premier film indépendant (ce sera "The Barefoot Contessa"). PREMINGER quant à lui a profité des largesses du mogul, autrefois son adversaire déclaré et désormais son plus puissant supporter : il a pu mener à bien son premier projet indépendant, "The moon is blue", distribué par United Artists. Et avec quel succès ! Néanmoins il doit encore quelques années de contrat et la livraison d'au moins un film à la Fox. Les années de contrat, il les rachètera. Mais il n'est pas en mesure de refuser cette commande un peu particulière : pour la première fois depuis "Forever Amber" en 1947, il ne sera pas son propre producteur délégué. Même dans le cadre de son prêt à Howard HUGHES, un an plus tôt pour le tournage d'"Angel Face" dans les studios de la RKO, il avait conservé ces prérogatives.
 
Pourquoi ZANUCK exige-t-il la collaboration de son protégé pour ce western ? Parce que le film doit asseoir la popularité ascendante de Marilyn MONROE, dont les succès coup sur coup dans "Niagara" de Henry HATHAWAY, dans "Gentlemen prefer blondes" de Howard HAWKS et, triomphale, dans le pourtant très médiocre "How to marry a millionnaire" de Jean NEGULESCO viennent de faire rentrer beaucoup d'argent dans les tiroirs-caisses de la 20th Century-Fox.

Après tout, l'occasion de diriger la nouvelle merveille du studio ne se refuse pas et l'idée de profiter d'un tournage en extérieur sur les sites grandioses de la province canadienne de l'Alberta n'est pas pour déplaire au réalisateur. Et surtout, c'est l'occasion pour lui de retrouver Robert MITCHUM, un comédien qu'il apprécie tout particulièrement depuis leur collaboration sur "Angel face". Un Robert MITCHUM qui, lui, semble moins enthousiaste. Il ne se lassera jamais de qualifier ce western de Picture of no return !
 
Au premier abord, l'histoire de "River of no return" semble nettement plus marquée par les thèmes chers au scénariste Frank FENTON que par les obsessions premingeriennes. Nous relèverons la récurrence de l'itinéraire physique bien sûr, qui privilégie les dangers naturels aux menaces humaines (indiennes) et qui renvoie à "The wild north" d'Andrew MARTON qu'interprétaient Wendell COREY, Stewart GRANGER et Cyd CHARISSE et surtout à cet autre sommet, "Garden of evil" de Henry HATHAWAY avec le trio Gary COOPER, Susan HAYWARD et Richard WIDMARK. Et de façon plus ostentatoire encore, nous retrouvons ce recours à la structure du trio dans lequel la femme est tiraillée entre une fidélité presque masochiste à son compagnon et une attirance physique irrépressible pour un homme que tout, à priori, semble séparer d'elle : "Garden of evil" encore, et surtout "Ride, vaquero !" de John FARROW, western baroque doublé d'une allégorie religieuse dans lequel, pour le salut de son époux Howard KEEL, Ava GARDNER était tout proche, devant les yeux du ténébreux Robert TAYLOR dont elle était pourtant déjà éprise, de s'offrir au bandit Anthony QUINN. Marilyn n'agira pas si différemment ici lorsqu'elle entreprendra - sans trop avoir à se forcer au regard des sentiments qu'elle a déjà manifestement commencer à développer à son endroit - de séduire le placide Robert MITCHUM, espérant ainsi le distraire de son obsession de vengeance. Il serait plus exact de dire : d'allumer le pauvre MITCHUM, jusqu'à lui faire perdre la tête et de risquer un viol brutal, tout juste interrompu par les cris d'alarme de Mark.
 
Là réapparaît la "Preminger's touch" : dans cette franchise sensuelle, dans cette transparence du style mettant à nus les corps comme les âmes. Matt CALDER n'est pas que l'icône d'une sagesse exemplaire jetée en pâture au regard admiratif de son fils ; c'est avant tout un homme au passé troublé par un incident tragique, tentant de se reconstruire, psychologiquement et physiquement. Et comme tout héros participant du mythe de Robert MITCHUM, c'est un homme qui ne se confie pas ; ni morphologiquement, ni bien sûr verbalement. Mais lorsqu'il se jette sur Marilyn pour l'immobiliser et la prendre de force au cours d'une séquence très peu suggestive qui évoque à plus d'un titre l'interception et la maîtrise de Dorothy DANDRIDGE par Harry BELAFONTE dans le futur "Carmen Jones", c'est toute la dualité de son personnage, ses frustrations d'homme reclus par plusieurs années d'emprisonnement, qu'il exprime avec une évidence patente et indélébile. Et ce n'est que lorsque Mark aura appréhendé cette évidence et accepté son père avec ses forces et ses faiblesses, que son apprentissage filial sera achevé.
'There is a River
Called the River of No Return.
Sometimes it's peaceful,
And sometimes wild and free.
Love is a traveller
On the River of No Return,
Swept on forever
To be lost
In the stormy sea.'
1953 / Diverses photos sur le tournage du film "River of no return". / Rarement une ballade aura si parfaitement illustré l’étoffe du film dont elle agrémente la vision. Il y a peu d’action dans ce western nonchalant, et encore moins sous la forme de fusillades. Un puma, un duo de prospecteurs se dresseront sur le parcours du trio, puis enfin les Indiens, juste avant le face à face final à Council City, lui-même tronqué : une empoignade de plus, un coup de feu hors champs et ce sera terminé. C’est à peu près tout. Le reste du temps, comme pour "The Big Sky" de HAWKS, comme pour "Wagon Master" de FORD ou pour le trop méconnu "Across the wide Missouri" de WELLMAN, le récit se perdra en méandres et digressions dédramatisées, contemplatives et sensuelles, faisant avec un même bonheur un sort aux corps qui se livrent dans l’effort et aux âmes que la rivière, éternelle source purificatrice du western ("Bend of the river", "The naked spur"), se chargera de laver de leurs préjugés. Le dialogue lui-même se pare parfois d’une poésie solaire des plus inattendues dans le genre : - I had to get money to get out. When I met Harry he wanted the same thing. Then he won the claim. It was our big chance ; a chance for both of us to get away. - Where ? - Out of the lives we were both living. Some place where people live like human beings. - That’s in Heaven... - We weren’t thinking of going quite that far with it.  Au terme de cet itinéraire, épuisant mais rédempteur, Matt et Kay auront appris à se défaire de cette défiance d’autrui qui les coupe du monde, et à se défaire de cette pudeur qui les empêche de s’avouer leur amour mutuel.  La merveilleuse alchimie du couple MITCHUM - MONROE est pour beaucoup dans le ton heureux et serein de ce beau récit d’apprentissage ; la quiétude, la force tranquille et naturelle émanant du grand Bob, ici dans un emploi sur mesure, offrant un contrepoint parfait à la fragilité refoulée de Marilyn. Il est de notoriété publique que l’actrice s’entendit très mal avec son réalisateur, PREMINGER allant jusqu’à déclarer que "diriger Marilyn, c’est comme diriger Lassie ; il faut faire quatorze prises pour obtenir l’aboiement adéquat" ! Mais les exemples d’antipathie entre le réalisateur viennois (qui sera néanmoins beaucoup plus patient avec une autre comédienne en proie au doute, Kim NOVAK, sur le tournage de son admirable film sur la dépendance aux narcotiques, "The man with the golden arm") sont légions, et dans son autobiographie, il s’en prendra surtout à la répétitrice de Marilyn sur le tournage, l’Allemande Natasha LYTESS, coupable selon lui, non seulement de gâcher le naturel ébouriffant de la comédienne mais aussi de réussir à déstabiliser le très jeune et pourtant déjà très professionnel Tommy RETTIG ("Les 5000 doigts du Dr.T"). Et PREMINGER de saluer l’initiative de Robert MITCHUM, sachant ramener sa partenaire à plus de simplicité à grand recours d’encouragements et au besoin... de puissantes bourrades sur le dos !  Quoi qu’il en soit, il est permis de penser que la comédienne n’a jamais été ni meilleure ni plus désirable que dans ce western. Offerte sans fard à l’objectif caressant de Joseph LaSHELLE, elle s’y révèle pour la première fois – et peut-être la dernière - femme sous toutes ses facettes : tantôt femme enfant aveuglée par un premier amour factice ; tantôt piquante et séductrice ; tantôt maternelle face au petit Mark, le ravissant d’une merveilleuse complainte en plein air et rajustant sa tenue vestimentaire devant ses yeux, sans aucune fausse pudeur ; tantôt amante, découvrant ses sentiments au cours d’une scène de massage entrée dans toutes les mémoires cinéphiles, mais qui aurait été tournée par Jean NEGULESCO, après une preview publique assez désastreuse ; loin, très loin, de l’image de fausse ingénue désarmante et charnelle dans laquelle elle resta trop souvent enfermée. C’est peu dire que chacune des chansons qu’elle interprète, tour à tour songeuse ("One silver dollar"), provocante ("I’m gonna file my claim"), épanouie ("Down in the meadow", donc) ou douloureusement nostalgique (la reprise finale de "River of no return") est comme un petit moment de paradis cinégénique.  Western de la plénitude, il est évident que "Rivière sans retour" doit aussi beaucoup au style de caméra de son réalisateur, qui abordait le format du Cinémascope pour la première fois de sa carrière. Immédiatement conquis (hormis "The man with the golden arm" et "Anatomy of a murder" toutes les réussites ultérieures du cinéaste s’exprimeront à travers ce format ou celui, cousin, du SuperPanavision 70) PREMINGER l’utilise comme un écrin pour valoriser, dans de très amples et très lents mouvements d’appareils, la majesté irréelle de cette nature sauvage des Rocheuses, œuvrant avant tout sur la profondeur de champs pour donner un relief saisissant à ces gorges creusées par le torrent tumultueux ou pour conférer des dimensions sans fins à une vallée encaissée entre deux massifs montagneux. Filmant comme il respire, il sait aussi traduire l’effervescence de cette nouvelle "Sodome et Gommorrhe" (dixit le fidèle acteur fordien Arthur SHIELDS dans son éternel emploi de prédicateur) que représente le camp de prospecteurs, découvert jusque dans les moindres strates offertes par l’accumulation géométrique des toiles de tentes dans le cadre, toutes grouillantes de vie, au rythme d’un travelling latéral effréné entrepris de droite à gauche après une courte hésitation et la retenue d’un cheval qui se cabre, surpris par la peur ; du grand art.  Après ce western de commande, PREMINGER vendra sa villa hollywoodienne pour racheter ses dernières années de contrat Fox à ZANUCK, et s’exilera à New York, berceau de ses premiers succès américains dans le théâtre. Il livrera alors une série de chefs-d’œuvre amorcée dès le film suivant, "Carmen Jones". Mais il ne reviendra malheureusement plus jamais au western. C’est fort dommage, car ne seraient-ce les inévitables transparences dues au sujet qui viennent parfois entacher la saisissante beauté de cet exaltant et très moral récit d’aventures, "River of no return" aurait sa place parmi les plus beaux fleurons du genre. Il s’en faut d’un rien.

Tags : 1953 - River of no return - John VACHON

1953 / Session photos de Marilyn à la mandoline par Milton GREENE. 03/04/2017

1953 / Session photos de Marilyn à la mandoline par Milton GREENE.
1953 / Session photos de Marilyn à la mandoline par Milton GREENE.
1953 / Session photos de Marilyn à la mandoline par Milton GREENE.
1953 / Session photos de Marilyn à la mandoline par Milton GREENE.
1953 / Session photos de Marilyn à la mandoline par Milton GREENE.
1953 / Session photos de Marilyn à la mandoline par Milton GREENE.
1953 / Session photos de Marilyn à la mandoline par Milton GREENE.
1953 / Session photos de Marilyn à la mandoline par Milton GREENE.

Tags : 1953 - Milton GREENE

1953 / Marilyn posant pour le photographe Alfred EISENSTAEDT dans le patio de son appartement sur Doheny drive, Los-Angeles. 01/04/2017

1953 / Marilyn posant pour le photographe Alfred EISENSTAEDT dans le patio de son appartement sur Doheny drive, Los-Angeles.
1953 / Marilyn posant pour le photographe Alfred EISENSTAEDT dans le patio de son appartement sur Doheny drive, Los-Angeles.
1953 / Marilyn posant pour le photographe Alfred EISENSTAEDT dans le patio de son appartement sur Doheny drive, Los-Angeles.
1953 / Marilyn posant pour le photographe Alfred EISENSTAEDT dans le patio de son appartement sur Doheny drive, Los-Angeles.
1953 / Marilyn posant pour le photographe Alfred EISENSTAEDT dans le patio de son appartement sur Doheny drive, Los-Angeles.
1953 / Marilyn posant pour le photographe Alfred EISENSTAEDT dans le patio de son appartement sur Doheny drive, Los-Angeles.
1953 / Marilyn posant pour le photographe Alfred EISENSTAEDT dans le patio de son appartement sur Doheny drive, Los-Angeles.

DOHENY DRIVE
 
Adresse : apartment 3, 882 North Doheny Drive, Beverly Hills.
Entre Sunset Boulevard et Santa Monica Boulevard, à l'angle de Doheny Drive et de Cynthia Street.
 
 
Le complexe Doheny Drive comprenait au début cinq appartements.
Marilyn occupa un appartement de trois pièces situé au premier étage.
Elle le loua à Miss Violet MERTZ.
Jane RUSSELL et le décorateur intérieur Thomas LANE l'aidèrent à le décorer tout en blanc avec d'épais tapis et un demi-queue blanc.
Elle vivait là (1952-janvier 1953) avant de rencontrer DiMAGGIO et elle quitta cet appartement quand elle se maria avec lui.
En 1961 après sa séparation d'avec Arthur MILLER et son retour de New York, elle se réinstalla à Doheny Drive mais dans un autre appartement.
Celui-ci il était bleu avec des miroirs allant du sol au plafond dans le dressing, et une porte d'entrée laquée en noir. Marilyn ne fit qu'un minimum de modifications, n'apporta que quelques effets personnels (ses livres, son maquillage et une malle de vêtements) et n'accrocha au mur aucune des reproductions qui lui rendait l'endroit familier.
A Noël 1961 DiMAGGIO vint pour y passer les fêtes avec elle (comme en 1953).
Pour écarter les intrus sa boîte aux lettres portait le nom de Marjorie STENGEL, une de ses anciennes secrétaires.

Dans les années 80, le designer turc Kalef ALATON les transforma en une seule maison, avec un petit appartement au dessus du garage.
En 2012 il fut à vendre pour la somme de 4.75 millions de $.
1953 / Marilyn posant pour le photographe Alfred EISENSTAEDT dans le patio de son appartement sur Doheny drive, Los-Angeles.

Tags : 1953 - Alfred EISENSTAEDT

BELLE FIN DE SOIREE A TOUTES ET A TOUS ! 27/03/2017

BELLE FIN DE SOIREE A TOUTES ET A TOUS !

BELLE FIN DE SOIREE A TOUTES ET A TOUS !

Tags : 1953 - Milton GREENE

1953 / Sur le tournage du film "River of no return" d'Otto PREMINGER, avec entre autres, le jeune Tommy RETTIG et Robert MITCHUM. / ANECDOTES SUR LE TOURNAGE / 25/03/2017

1953 / Sur le tournage du film "River of no return" d'Otto PREMINGER, avec entre autres, le jeune Tommy RETTIG et Robert MITCHUM. / ANECDOTES SUR LE TOURNAGE /
1953 / Sur le tournage du film "River of no return" d'Otto PREMINGER, avec entre autres, le jeune Tommy RETTIG et Robert MITCHUM. / ANECDOTES SUR LE TOURNAGE /
1953 / Sur le tournage du film "River of no return" d'Otto PREMINGER, avec entre autres, le jeune Tommy RETTIG et Robert MITCHUM. / ANECDOTES SUR LE TOURNAGE /
1953 / Sur le tournage du film "River of no return" d'Otto PREMINGER, avec entre autres, le jeune Tommy RETTIG et Robert MITCHUM. / ANECDOTES SUR LE TOURNAGE /
1953 / Sur le tournage du film "River of no return" d'Otto PREMINGER, avec entre autres, le jeune Tommy RETTIG et Robert MITCHUM. / ANECDOTES SUR LE TOURNAGE /
1953 / Sur le tournage du film "River of no return" d'Otto PREMINGER, avec entre autres, le jeune Tommy RETTIG et Robert MITCHUM. / ANECDOTES SUR LE TOURNAGE /
1953 / Sur le tournage du film "River of no return" d'Otto PREMINGER, avec entre autres, le jeune Tommy RETTIG et Robert MITCHUM. / ANECDOTES SUR LE TOURNAGE /

Bataille
Le tournage de "La rivière sans retour" eut lieu à une période de tension entre la 20th Century Fox et Marilyn dont le contrat arrivait à terme. Alors que la post-production du film n'était pas terminée, la comédienne faillit ne pas tourner le matériel supplémentaire exigé par Darryl F ZANUCK car ce dernier souhaitait lui imposer son projet suivant et ses conditions pour le renouvellement du contrat. L'actrice fut suspendue plusieurs fois par le studio durant cette période tout en gardant l'appui du public grâce à son mariage avec Joe DiMAGGIO et sa tournée en Corée.
 
Débutante
On retrouve non créditée au générique de "La rivière sans retour", Barbara NICHOLS dans son premier rôle sur grand écran. La comédienne aux cheveux blond platine fera ensuite partie avec d'autres actrices comme Jayne MANSFIELD ou Sheree NORTH d'un groupe de d'actrices aux physiques assez proches de celui de Marilyn.
Deuxième
"La rivière sans retour" est en fait le second western auquel collaborait Marilyn. L'actrice faisait une courte apparition dans "A ticket to Tomahawk" sans être créditée au générique.
Un tournage dangereux
Le calendrier de tournage ainsi que le budget du film ne purent être respectés à cause des exigences d'Otto PREMINGER qui avait demandé aux acteurs d'exécuter eux-mêmes leurs cascades. Entre autres mésaventures, Marilyn fut sauvée de la noyade après avoir glissé et que ses bottes remplies d'eau l'entraînaient vers le fond. La chute la blessa également à la jambe. Elle fut sauvée une autre fois avec Robert MITCHUM lorsque leur radeau bloqué par un rocher manqua de se renverser.
En chansons
"La rivière sans retour" est un western un peu spécial puisque l'action se déroule au Canada et que plusieurs chansons interrompent le cours du récit. Les titres "The River of No Return", "I'm Gonna File My Claim", "One silver dollar" et "Down in the Meadow" sont interprétés par Marilyn.  MITCHUM se fait également entendre sur "River of no return". Les chansons furent composées par Lionel NEWMAN qui travailla également sur "Gentlemen prefer blondes".
Retrouvailles
MITCHUM avait déjà tourné en 1952 sous la direction d'Otto PREMINGER dans "Un si doux visage".
Un partenaire de choix
C'est Marilyn, nouvelle star de la 20th Century Fox, qui exigea d'avoir MITCHUM comme partenaire bien qu'il soit sous contrat avec la RKO. L'actrice obtint également la présence de sa professeur dramatique Natasha LYTESS auprès d'elle, du chorégraphe Jack COLE qui avait travaillé avec elle sur "Gentlemen prefer blondes" et le droit de discuter du scénario avec PREMINGER.
Scènes supplémentaires
Mécontent du film lors de la première preview, Darryl F ZANUCK ordonna que de nouvelles scènes soient tournées. Ce n'est pas PREMINGER, qui devait son attachement au projet uniquement au fait qu'il devait encore un film à la Fox, qui tourna ce matériel supplémentaire mais Jean NEGULESCO qui venait de diriger Marilyn dans "How to marry a millionaire"
Western
"Rivière sans retour" (1954) fut le seul western d'Otto PREMINGER, tourné en couleur et en cinémascope. Ce fut également le dernier film que le talentueux réalisateur tourna pour ZANUCK, dirigeant de la Twentieth Century Fox, avec lequel il était sous contrat.

1953 / Sur le tournage du film "River of no return" d'Otto PREMINGER, avec entre autres, le jeune Tommy RETTIG et Robert MITCHUM. / ANECDOTES SUR LE TOURNAGE /

Tags : 1953 - River of no return - Gladys RASMUSSEN

1953 / RARE Marilyn by Ben ROSS. 21/03/2017

Tags : 1953 - Ben ROSS

4 Novembre 1953 / Arrivée des stars à la Première du film "How to marry a millionaire" (voir tag pour + d'infos sur l'article). 20/03/2017

4 Novembre 1953 / Arrivée des stars à la Première du film "How to marry a millionaire" (voir tag pour + d'infos sur l'article).

4 Novembre 1953 / Arrivée des stars à la Première du film "How to marry a millionaire" (voir tag pour + d'infos sur l'article).
4 Novembre 1953 / Arrivée des stars à la Première du film "How to marry a millionaire" (voir tag pour + d'infos sur l'article).
4 Novembre 1953 / Arrivée des stars à la Première du film "How to marry a millionaire" (voir tag pour + d'infos sur l'article).
4 Novembre 1953 / Arrivée des stars à la Première du film "How to marry a millionaire" (voir tag pour + d'infos sur l'article).
4 Novembre 1953 / Arrivée des stars à la Première du film "How to marry a millionaire" (voir tag pour + d'infos sur l'article).
4 Novembre 1953 / Arrivée des stars à la Première du film "How to marry a millionaire" (voir tag pour + d'infos sur l'article).
4 Novembre 1953 / Arrivée des stars à la Première du film "How to marry a millionaire" (voir tag pour + d'infos sur l'article).

Tags : 1953 - Premiere "How to marry a millionaire"

BON WEEK-END A TOUTES ET A TOUS ! 18/03/2017

Tags : 1953 - Jack BENNY show

1953 / Laurel Canyon, Marilyn by Milton GREENE. 16/03/2017

1953 / Laurel Canyon, Marilyn by Milton GREENE.

1953 / Laurel Canyon, Marilyn by Milton GREENE.

Tags : 1953 - Milton GREENE