Marilyn écrivait beaucoup ? Elle écrivait presque tous les jours : des textes intimes consignés dans des carnets épars dont une petite partie seulement sera dévoilée. La plupart de ces écrits ont été raflés par le FBI après sa mort et on en a perdu la trace. Il s'agissait de faire disparaître tout ce qui pouvait témoigner de sa liaison avec les frères KENNEDY. Marilyn adressait aussi d'innombrables petits mots et des poèmes à ses amis. Il n'était pas rare qu'après avoir passé la nuit à bavarder avec l'un d'entre eux, elle lui fasse parvenir un poème au matin. Ce sont des textes assez froids, sans pathos, qui ont une vraie qualité littéraire. Marilyn avait une plume de poète et un certain talent de scénariste. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à lire la lettre qu'elle adresse à l'un de ses psychanalystes, Ralph GREENSON, de l'hôpital psychiatrique new-yorkais où elle est hospitalisée. Tout y est: les couloirs, les cris des malades, les maltraitances. Elle savait faire voir les choses en les racontant mais jamais elle ne s'est autorisée à assumer cela pleinement. Peut-être parce qu'elle était complexée intellectuellement et socialement. Elle n'avait pas suffisamment de souffle pour écrire de longs récits mais peu importe: c'est comme ça qu'elle respirait. Dans votre roman, vous évoquez une autre de ses passions: la lecture. Chez elle, il y avait plein de bouquins. Elle en commençait un et, avant de l'avoir terminé, se jetait sur un autre avec l'appétit de ceux qui n'ont pas eu accès aux livres dans leur enfance. Elle lisait KAFKA, DOSTOÏEVSKI, RILKE ou JOYCE. Dans la longue lettre envoyée à son psychanalyste, elle raconte qu'elle garde toujours auprès d'elle un portrait de FREUD et que "L'Interprétation des rêves" a été pour elle une révélation. A New York, elle côtoyait plus volontiers des écrivains (Truman CAPOTE, Carson McCULLERS) que des gens de cinéma. Ces amitiés étaient connues. Une célèbre photo volée la montre lisant "Ulysse", de JOYCE. Pourquoi l'a-t-on enfermée dans son statut de ravissante blonde idiote ? Sa beauté l'a rendue otage du regard des cinéastes et du public. C'était sans doute compliqué pour les hommes de son époque, fascinés par la bombe sexuelle, comme pour les femmes, qui s'identifiaient à son innocence bafouée, d'admettre que la plus belle actrice du monde était également une personne sensible et réfléchie. Et ce n'est pas forcément plus simple aujourd'hui d'être reconnue pour son intelligence quand on est très jolie. Cette distorsion entre ce qu'on croyait savoir de Marilyn et ce qu'elle était m'a fasciné. C'est le plus douloureux dans la vie : être pris pour ce que l'on n'est pas. (" Marilyn dernières séances", Grasset et Folio).

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