1954 / CULTISSIME !

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# LE FILM
 Comédie datée sur les fantasmes et frustrations de l' Homo americanus marié avec enfant des années 1950, "7 ans de réflexion" est loin d'être un sommet de l'½uvre de Billy WILDER. "J'aurais aimé ne jamais l'avoir tourné" , dira même le cinéaste. Lorsqu'il s'attelle au projet, WILDER sort d'un échec public (le sombre et magistral "Gouffre aux chimères") et de  "Stalag 17", sur le tournage duquel il s'opposa violemment à la Paramount. En quête d'un succès commercial, il part à la 20th Century Fox pour tourner l'adaptation d'un carton de Broadway : "The Seven Year Itch", de George AXELROD. Une pièce de boulevard sur un père de famille new-yorkais, Richard SHERMAN (interprété sur scène et dans le film par Tom EWELL), qui, seul pendant les grandes vacances, se découvre une très affriolante voisine. Or l'été est caniculaire, la libido de monsieur, aux aguets, et la belle, peu farouche.
WILDER n'est pas le premier à plancher sur le script mais tous ses prédécesseurs s'y sont cassé les dents : comment transposer une telle histoire sur grand écran où, contrairement au théâtre, sévit depuis 1934 (et pour une dizaine d'années encore) l'impitoyable code de censure Hays ? "L'adultère et les rapports sexuels illicites, parfois nécessaires à l'intrigue, ne doivent en aucun cas être montrés explicitement ou justifiés, ni paraître attrayants", stipule celui-ci. Ou encore : "L'adultère ne devra jamais être sujet à plaisanterie." Au contraire de la pièce, il n'y aura donc pas passage à l'acte dans le film, et ce malgré la tentative de WILDER d'évoquer la tromperie via une simple barrette abandonnée dans le lit. Le comité Hays veille, il passe le script au crible, impose la présence d'un censeur sur le tournage. "On était pieds et poings liés" , raconte AXELROD, co-auteur du scénario avec WILDER. Heureusement, ce dernier a un don pour les dialogues à double sens et un atout dans sa manche : Marilyn MONROE.
# LA STAR
 Dans "Sept ans de réflexion", Marilyn n'a pas de nom. Le scénario se réfère à son personnage en tant que "the girl" ("la fille"). Elle est le fantasme ultime, la personnification de la bimbo qui fait tourner les têtes et qu'elle interprète avec ce mélange bien à elle de (fausse) candeur et de vulnérabilité. L'hypersexualité de Marilyn n'est pas agressive ni conquérante ; elle est touchante et désemparée. Quand Billy WILDER la choisit, l'actrice est la star la mieux payée de la Fox. Une star ingérable, qui en fait voir de toutes les couleurs à ses réalisateurs. Epuisé par leur collaboration, WILDER déclarera ne jamais plus vouloir tourner avec elle. Et, quatre ans plus tard, la retrouvera pour "Certains l'aiment chaud". "Marilyn était un puzzle infini et sans solution , racontera-t-il dans différents entretiens.
Chaque jour, on se posait la question : “Va-t-elle pointer le bout de son nez ? Va-t-elle réussir à aller au bout de la scène ? Va-t-elle finir le film ?” Mais elle avait un charme que ne possédait aucune autre actrice."
Et de conclure avec son sens délicieux de la formule : "J'ai une vieille tante à Vienne qui est très ponctuelle et qui saurait parfaitement ses répliques. Mais qui a envie de la voir jouer ?"
# LA SCÈNE
 Marilyn se cambre et tente dans un sourire mutin de retenir l'envol de sa robe soufflée par la bouche d'aération du métro new-yorkais. Plus qu'une scène, c'est une vision iconique. Un cliché d'Epinal qui, avec celui de Charlot appuyé sur sa canne, les pieds en canard, incarne l'idée même de cinéma dans les échoppes à touristes du monde entier. On a tous en tête cette image de Marilyn en piedor elle n'est pas dans le film ! Le moment, qui intervient à la 74ème minute, est, en effet, filmé en deux temps, un plan américain  et un insert sur les jambes de l'actrice, dans l'une des rares scènes à ne pas se dérouler au sein de l'appartement de SHERMAN. Celui-ci et la fille sortent d'une séance de "l'Etrange Créature du lac noir", ils discutent sur le trottoir lorsqu'un courant d'air la met en émoi. "Vous sentez la fraîcheur du métro. N'est-ce pas délicieux ?" , lâche-t-elle, émoustillée par le souffle de l'engin qui passe entre ses jambes. La métaphore, pénétrante, résume toute la finesse de cette comédie sur une fille acculée par la chaleur estivale qui s'acoquine avec un homme marié mais doté d'un système de climatisation dernier cri ! La censure ne goûtera guère la réplique de Marilyn qui concluait initialement la scène après le passage d'un second train :
"Il est encore plus rafraîchissant ! C'est sûrement un express ! Quel bonheur d'être en robe. Je vous plains dans votre pantalon."
# LE TOURNAGE
Sont-ce 2 000, 5 000 ou 20 000 badauds qui s'agglutinent devant le "Trans Lux Modern Theatre" à l'angle de Lexington Avenue et de la 52ème rue le soir où a lieu le tournage de cette scène mythique ?... Les chiffres divergent selon les témoins. Une chose est sûre : il y a foule. Nombreux sont aussi les techniciens de l'équipe à se battre pour être celui qui se postera sous la grille pour enclencher le ventilateur en temps voulu, ce qui amuse beaucoup Billy WILDER. Le brouhaha ambiant le fait moins rire. Le cinéaste et son assistant s'arrachent les cheveux, incapables d'obtenir le silence. Marilyn vient à leur rescousse : le doigt sur la bouche, elle adresse un "chut" langoureux à l'assistance qui ne pipe plus mot. Première prise. Le jupon remonte trop et dévoile les dessous de l'actrice qui a pris soin de mettre deux culottes, au cas où. Des sifflets dignes du loup de Tex Avery retentissent. Décontenancée, Marilyn se trompe dans son texte. La présence sur le plateau de son mari, le champion de base-ball Joe DiMAGGIO, y est-elle pour quelque chose ? DiMAGGIO prenait un verre non loin de là quand son ami, le chroniqueur mondain Walter WINCHELL, l'a invité à passer sur le tournage. Seulement le macho DiMAGGIO voit d'un mauvais ½il les minauderies de sa moitié et la horde de fans qui la reluque et la harangue. "On se sert de ma femme comme d'un sex-symbol" , déplore-t-il. Sans blague ! Marié depuis huit mois, le couple bat déjà de l'aile. Ce soir-là, de retour dans leur chambre du "St Regis Hotel", ils se disputent violemment. Cet épisode précipitera leur divorce. Ironie de l'histoire : mécontent du résultat, WILDER fera recréer le décor et retournera intégralement la séquence dans les studios de la Fox. Quarante prises lui seront nécessaires pour en venir à bout.
# LE MYTHE
La puissance iconique de cette scène maintes fois citée, copiée, parodiée n'a pas sauté aux yeux de ses créateurs. Et pour cause : au moment de chercher un visuel pour l'affiche, WILDER et son équipe pensent à un jouet d'enfant et à une parure d'Indien (objets qui ont leur rôle dans le film) avant de se rendre à l'évidence. Lancée en fanfare, la campagne publicitaire de "7 ans de réflexion" (plus gros succès de la Fox en 1955) aura pour point d'orgue l'érection en plein Times Square d'une effigie de 16 mètres de haut de Marilyn dans sa robe blanche. En passant devant, la star dira à son ami, l'acteur Eli WALLACH : "Ils pensent que je me limite à ça."
1954 / CULTISSIME !

Tags : 1954 - The seven year itch

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